Il inspira, doucement, avec la plus grande sérénité dont il pouvait faire preuve.
Puis il expira, tout aussi délicatement. Un souffle léger et chaud quitta le rose brillant de ses lèvres et se perdit dans l’air jusqu’à percuter les pétales vaporeux du pissenlit dont la tige était fermement tenu par ses doigts graciles. Pris d’un élan de vitesse, ceux-là planèrent puis plongèrent dans le vide dangereux au-delà du toit où le roi s’était perché.
La fleur dénudée, Yuu relacha son emprise et la tige dépouillée tomba précipitamment avant de toucher le sol, sans un bruit, plusieurs étages plus bas. Le vent fit alors virevolter ses mèches aériennes, et le jeune homme se redressa, silencieux.
Ainsi debout, face à l’horizon, il se sentait différent... Il dominait le royaume, à présent, et à jamais, et pourtant, il se sentait si fragile. Tellement indigne... Il se voyait encore, parcourant les contrées inconnues, sans attache, sans but, sans contrainte. Son coeur ne faisant qu’un avec l’aventure. Rien que lui, et l’imprévu, l’âme exaltée par l’adrénaline du danger et de l’inconnu. Mais tout cela, c’était autrefois.
Le roi tourna le dos au paysage qui s’étalait à ses pieds et se tourna vers la cour du palais où l’on s’agitait joyeusement. La voilà, sa véritable vie. Un sourire étira ses fines lèvres. En bas, on devait se demander où il était. Après tout, un roi n’avait pas à disparaître ainsi pour jouer sur les toits. Il n’était plus un enfant, il ne devait plus agir comme tel, même si l’envie enchantait toujours son coeur qui lui ne voulait pas grandir. Et ça, seul un être en ce bas monde le comprenait vraiment.
De quelques bonds, il se retrouva dans un labyrinthe de toits. De là, il avait une vue sur une des fenêtres de la chambre de son meilleur ami.
*Tiens... Les voilages sont encore tirés à cette heure-ci...*Yuu rit intérieurement. Un vrai paresseux celui-là ! Bien pire que lui. D’un nouveau saut, il atterrit sans un bruit sur le balcon du confident, puis passa discrètement les voilages. Avec la même fugacité, il se pressa à son chevet. Là, le roi passa le bout des doigts sur le dos dénudé de son ami.
"C’est l’heure…" murmura t-il le plus doucement possible, sachant que l’homme n’aimait pas les réveils difficiles.